"En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux." Chateaubriand

lundi 19 mai 2014

Budgets militaires et sortie de l'histoire





 Lors d'un récent discours (5 mai) tenu devant l'Institut de France, Mario Monti qui s'exprimait sur l'Europe déclarait que " Si l’Europe va mal en ce moment, c’est sans doute en partie parce que la France, justement, ne tient plus tout à fait le rôle qu’elle devrait et pourrait jouer dans le jeu européen." Et il ajoutait: " L’enjeu est plutôt que la France redevienne la France, c'est-à-dire qu’elle joue pleinement son rôle de pont avec l’Allemagne, ce qui suppose toutefois qu’elle améliore ses performances et qu’elle mette en œuvre les règles qu’elle a signées et ratifiées."
De fait comme beaucoup et son discours ne laisse aucune ambigüité à ce sujet, Monti pense que l'Europe ne peut progresser et même exister qu'autour de deux axes forts qui sont l'Allemagne et la France et que si l'un des deux manifeste un déséquilibre par rapport à l'autre les choses ne fonctionnent plus.
Evidemment son discours fait plutôt référence aux performances économiques, celles qui voient une Allemagne réaliser un excédent commercial de près de 200 milliards d'euros en 2013 tandis que la France enregistrait un déficit commercial de 30 milliards d'euros pendant la même période. Son discours fait plutôt référence à un équilibre budgétaire atteint par l'Allemagne (et même un léger excédent) tandis que la France connait un déficit de 4,3%.

Alors que Monsieur Monti se rassure. La France va tenir ses engagements. La preuve: notre sémillant nouveau premier ministre vient de concocter un plan d'économies de 50 milliards. Certes un peu dans l'urgence, après que les Allemands et l'UE, c'est l'ordre qui convient, aient refusé un nième report de l'objectif de rentrer dans les clous de Maastricht, au moins en ce qui concerne le déficit budgétaire, car s'agissant du ratio dette/PIB, on se demande si un jour on y reviendra. Eh oui voilà, puisque l'équilibre entre les puissances allemandes et françaises n'existe plus, ce sont bien nos amis d'outre-Rhin qui dictent désormais leur loi.
Certes on sait d'ores et déjà que ce plan d'économies sera insuffisant, mais on peut au moins se réjouir qu'un pas ait été effectué dans le bon sens. Mais le problème de l'urgence c'est que ce type de plan fait à la-va-vite crée des problèmes. On tape généralement où il est facile de taper, dans les catégories les plus faibles, donc les moins organisées, pour résumer celles dont on ne craint rien ou pas grand-chose. Mais par réflexe idéologique ou simplement parce qu'il faut limiter les désastres électoraux à venir, on revient sur certaines mesures comme par exemple en sortant de l'impôt ceux qui y étaient rentrés l'année précédente. Ça fait "gauche", même si à ceux-là on ne rendra pas ce qu'on leur a déjà pris. Mais cela a un coût évidemment qui sera reporté sur d'autres, même si on évite de le dire. Et en l'occurrence, entre autres sans doute, mais pas les associations anti-blanc, anti-France, anti-occident, qui elles continuent de prospérer, ni les syndicats sans adhérents dont les quelques membres peuvent organiser des barbecues dans de splendides résidences tandis qu'on ne sait pas quoi faire des SDF, en l'occurrence ce sera la défense qui sera encore touchée. Une fois de plus direz-vous! De fait je me garderai bien d'accabler uniquement ce gouvernement qui suit  une logique, mais est-ce une logique bien raisonnable?, de faire les poches des armées depuis une bonne trentaine d'années, et encore davantage depuis la fin de la guerre froide dont pourtant aujourd'hui on nous agite l'épouvantail à nouveau tout en continuant de désarmer. Belle logique en effet. C'est assez rarissime de voir la mise en avant d'une fausse allégation pour en tirer des conséquences inverses à ce qu'elle prétend. Mais ne demandons pas à ces gens d'être cohérents. Ils pourraient nous surprendre.

Donc la défense va encore trinquer selon un procédé que je vais décrire plus loin et qui permettra de prétendre de façon hypocrite qu'il n'en est rien. Parce qu'ils n'ont même pas le courage d'assumer leurs décisions.
Mais avant cette description revenons-en à cet équilibre souhaité par Monsieur Monti entre la France et l'Allemagne pour que fonctionne bien l'Europe. Il est à craindre que faute de réformes structurelles suffisantes, que faute de vouloir renoncer à un modèle social qui de toute façon finira par s'écrouler et d'autant plus violemment qu'on n'aura pas voulu y toucher auparavant, notre retard sur le plan économique vis-à-vis de l'Allemagne qui a su faire ces efforts, au mieux se stabilisera mais sans doute continuera de s'accroitre. Si donc un équilibre doit se trouver entre nos deux pays, c'est par un avantage que nous aurions et qu'eux n'auraient pas. Et jusqu'à peu cet avantage existait et c'était notre capacité de défense ou plutôt d'intervention. En fait notre défense faisait de la France une puissance diplomatique reconnue, et permettait encore de justifier sa présence au sein du conseil de sécurité onusien par d'autres arguments qu'historiques. Or la différence entre les deux pays s'efface, les budgets en euros sont proches, les effectifs tendent à se rapprocher et il est même probable que l'Allemagne à l'issue de la loi de programmation disposera de plus de militaires que la France. Par ailleurs et de plus en plus l'Allemagne participe à des opérations extérieures, même si elle évite soigneusement de participer aux nôtres en Afrique. Certes nous disposons de l'arme nucléaire qui au passage nous coute cher. Mais on se rend bien compte qu'en dehors d'un contexte de guerre froide qui n'existe plus, et que dans un contexte d'alignement aveugle sur la politique extérieure américaine, donc d'un abandon de souveraineté ou d'indépendance véritable, cet avantage perd beaucoup de son sens. Et voilà donc comment années après années notre avantage militaire, donc diplomatique, par rapport à l'Allemagne s'est trouvé rogné. Et ce gouvernement, malgré sa propension à faire la guerre, n'aura pas dérogé à cela et sera peut-être celui qui portera l'estocade finale. Je crois avoir déjà écrit que quand Hollande aura quitté le pouvoir, donc bientôt, même si 3 ans avec lui ça peut paraitre long, la France ne pourra plus engager les opérations qu'il a engagées simultanément. Les nouveaux projets qu'a ce gouvernement pour la défense ne risquent pas d'améliorer les choses.

Eh oui comme le dit si bien Monsieur Monti, il faudrait que la France redevienne la France. Mais avec eux ça ne risque pas d'arriver. Nous en sommes au dernier stade sans doute avant le déclassement définitif, qui nous relèguera  bientôt au statut de nation-musée, celui que décrit Houellebecq dans "La carte et le territoire". Encore que pour que cela marche il faudra sans doute sous-traiter la sécurité intérieure afin que les touristes étrangers ne soient pas découragés par la racaille qui sévit impunément dans nos villes et désormais nos campagnes. Mais chut! Faut pas stigmatiser!
Il y a peu notre président, grand visionnaire et fin connaisseur du passé  comme chacun a pu le constater, a déclaré que la France en sortant de l'Europe sortirait de l'histoire. Or c'est en entrant dans l'Europe, du moins en étant dans cette Europe, pas celle de de Gaulle, l'Europe des nations, qu'elle sortait de l'histoire. Car comment construire une histoire sans armée, c'est-à-dire comment peser dans le monde, sur le monde, quand on ne possède pas d'outil diplomatique pour cela, quand on n'est pas une puissance militaire. Or l'Europe n'en est pas une et surtout refuse d'en devenir une. Le fiasco que représente ce fameux élément d'intervention européen en Centrafrique, dont le principal contributeur, mise à part la France, est la Géorgie qui n'est membre ni de l'UE, ni de l'OTAN, avec 150 hommes (!), ce fiasco devrait nous éclairer sur ce qu'est réellement l'Europe, à savoir pas grand-chose sur le plan mondial en termes d'influence politique. Et c'est ça qui représente l'histoire? C'est ridicule. Aussi ridicule que celui qui a tenu ces propos.

Ne reste donc plus que le simulacre. On tente de donner encore l'impression d'exister, de peser sur le destin du monde ou d'une partie du monde. Ainsi samedi dernier on réunissait à Paris, je n'ai pas dit à grands frais, quelques chefs d'Etat africains et quelques portes-bidons désignés d'office pour représenter les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'UE. Boko Haram n'avait qu'à bien se tenir. Oh certes, je ne critiquerai pas l'idée de fond de cette réunion qui est loin de concerner uniquement Boko Haram, mais dès lors qu'on n'en a plus les moyens et qu'on continue à y renoncer, dès lors que ceux qui devraient nous soutenir regardent ailleurs l'air rêveur, on se rend compte du caractère vain de ce type de rassemblement. Le constat est que Boko Haram constitue un maillon de cette ligne de front islamique, encore en pointillés, qui traverse l'Afrique, qu'il se trouve à la jonction de la rébellion islamique sahélienne qui nous préoccupe au Mali et de celle qui nous préoccupe actuellement en Centrafrique, même si nous n'avons pas le courage de la décrire ainsi. Ce que la colonisation européenne avait permis pendant des décennies, à savoir l'endiguement d'une poussée islamique rigoriste vers le sud, se manifeste de nouveau, et cette fois avec davantage de moyens évidemment, des soutiens extérieurs puissants qui au passage sont présentés comme nos amis et parfois alliés quand il s'agit d'aller taper sur un tiers qu'ils remplaceront par leurs affidés. Et ce ne sont pas évidemment nos quelques petits milliers d'hommes sur le terrain entre le Mali, sans doute le Niger, le Tchad et la Centrafrique, qui pourront tenir cet espace qui va de la Mauritanie jusqu'au Soudan. Le combat est sans doute perdu puisque ceux qui sont en pointe de la guerre contre le terrorisme et qui nous ont entrainés en Afghanistan se contentent d'une aide minimale et d'encouragements verbaux qui s'ils peuvent flatter la vanité d'un président d'une nullité crasse, ne doivent pas masquer soit une certaine indifférence, soit des desseins plus troubles et peu avouables.

Et pourtant, on envisage encore de faire peser sur les armées un nouvel effort au profit de nos comptes nationaux. Et cela d'une manière assez honteuse. Car même le courage de dire les choses, ils ne l'ont pas. "Il faut préserver les capacités de défense, mais la défense devra participer comme les autres (tous???) à l'effort national." Ou encore "La loi de programmation qui court de cette année jusque 2019 est un cadre sanctuarisé dans lequel peuvent s'opérer des aménagements".
Alors je vous explique les aménagements en question ou comment réduire un budget en en conservant l'enveloppe initiale. Eh bien c'est simple : il suffit d'augmenter les dépenses au sein de l'enveloppe, c'est-à-dire d'y coller ce qui n'y était pas auparavant. Et là ce seront les opérations extérieures dont le financement fort logiquement, puisqu'elles ne sont pas prévues à l'avance, et certainement pas sur 5 ans. Les OPEX financés par le budget général seront, c'est ce qui se trame actuellement (voir ici), désormais financés par le budget de la défense. Et là on voit tout de suite l'impasse grossière de ce procédé, sans même parler de sa malhonnêteté. Plus il y aura d'OPEX, plus le besoin en matériels sera fort ainsi que la maintenance associée (et en Afrique c'est du lourd). Mais en même temps le financement de ces opérations empêchera la réalisation des matériels nécessaires à ces OPEX. Plus on fait la guerre, moins on dispose de moyens. Voilà la logique des socialistes qui n'ayant que trois ans à tirer encore se moquent bien des conséquences de ce qu'ils font. Et puis c'est tellement facile avec des militaires tenus à un devoir strict de réserve, ne disposant pas de syndicats, et étant pour la grande majorité d'entre eux sous contrat donc en situation de précarité professionnelle.


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