"En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux." Chateaubriand

mercredi 29 avril 2015

Migrants morts en mer : la faute à qui ?


Evidemment je me garderai de répondre à cette question. D’autres le font avec une telle facilité et un tel aplomb que je me vois mal les contredire.
Donc disons que c’est l’Europe ! Ça va ? Vous êtes contents ?
Cette double propension à traiter tous les sujets sous un angle moral, bien particulier, et à dénigrer l’occident (et son pays en particulier) implique effectivement que l’Europe ne peut être que coupable.

Coupable de quoi ?
En vrac, de ne pas accueillir assez, de se fermer à l’autre surtout quand il souffre, de laisser des misérables se noyer dans ses eaux ou à proximité, d’avoir provoqué des situations dans les régions de départ ayant favorisé ces migrations, d’être peut-être trop attractive, ou je ne sais quoi encore.
Certes tout n’est sans doute pas faux, notamment la responsabilité des occidentaux dans le bordel qui règne dans certaines régions du monde. Il est vrai que quand les Saddam Hussein, les Ben Ali ou les Kadhafi étaient en place, les choses étaient mieux maitrisées. Oui, mais les prétextes moraux ne manquaient pas de les mettre dehors, et même le les dessouder le cas échéant. On se mord la queue avec la morale, les bons sentiments et tout le reste. Retour à Bossuet ! On applaudit les printemps arabes, idéalisés, considérés comme des révolutions 2.0, et ensuite on pleure parce que les gentils ne sont pas tous gentils, que même on trouve encore plus de méchants que de gentils. Un monde sans Saddam ne pouvait être que meilleur. Maintenant on se demande pour qui. Et c’est avec nostalgie qu’on considère ces salauds qui nous rendaient quand même bien service. Mais chut ! Faut pas le dire ! On s’arrêtera à la faute de l’occident, sans aller plus loin. C’est plus simple.

Et donc l’occident doit payer, en l’occurrence, en ce moment l’Europe.
Alors comment ? Fastoche ! En accueillant les malheureux, forcément des malheureux, qui risquent leur peau en la confiant à des salauds de passeurs. En terminant le boulot trop souvent mal fait de ces derniers, donc en assurant la sécurité des migrants, en les repêchant. Et puis si ça ne marche pas comme on souhaite, peut-être que demain on organisera des navettes avec des ferries, escortés par les bâtiments des marines européennes au cas où. Risque zéro oblige. Du coup les passeurs l’auront dans le baba ! Bien fait pour leurs gueules à ces enflures ! Objectif rempli : devoir humanitaire accompli, passeurs mis hors état de nuire !
Tout est si simple quand on a un cœur gros comme ça.

Mais pourquoi donc ça ne se passe pas comme ça ?
En observant l’Europe, les sommets consacrés à ce problème et ce qui en sort, on se rend bien compte que les choses ne sont pas si simples que ça. C’est même sans doute trop compliqué pour l’Europe qui reste imperturbablement le cul entre deux chaises. J’admire les Australiens qui ont su trancher dans le vif. No way ! Ils ont peut-être tort, chacun se fera son opinion, mais au moins ils ont choisi.
Mais l’Europe elle, pas question qu’elle choisisse. Partagée entre ses principes humanitaires et le principe de réalité, elle choisit une fois de plus une côte mal taillée. On lutte contre l’immigration illégale, mais on met des moyens pour qu’elle puisse se dérouler au mieux, sans trop de victimes. Du moins on l’espère. Car on ne refoule pas. La loi l’interdit. Parfois surgit une idée géniale. Cette fois elle vient de chez nous, de notre président. On va bombarder les bateaux qui servent au macabre transit. Je rigole !  Car si par hasard ça se faisait, au premier gamin ensanglanté qu’on nous montrera sur une plage libyenne, et il y en aura même si ce sont des balles de kalach qu’on pourrait retrouver si une autopsie était pratiquée, on arrêtera tout. Pour des raisons humanitaires.

Tout ça parce que se posent des questions simples dont les réponses sont contradictoires :
Doit-on pour des raisons humanitaires assurer la sécurité des migrants, donc les encourager à traverser ?
Peut-on accueillir ces migrants ?
Veut-on les accueillir ?
Et là ça fait des nœuds dans la tête. Car répondre objectivement aux deux dernières revient à ignorer la première ou la traiter d’une manière très différente.

Alors peut-on les accueillir ? Les difficultés économiques que connaissent, malgré des variabilités, les pays d’Europe, et à cet égard l’Italie n’est sans doute pas le pays qui s’en sort le mieux, montrent qu’évidemment on doit limiter le nombre d’arrivants sur le territoire européen. Il est inutile, je crois de développer ça plus amplement, sauf à affirmer qu’encore une fois, ce seront les plus précaires qui vont se retrouver menacés, en concurrence sur le marché du travail et celui du logement social avec les nouveaux venus, illégalement venus. Ah mais j’oubliais, le FN dit la même chose. Alors, chut !

Veut-on les accueillir ? En fait on n’est guère éloigné de la question précédente. Même si on est un grand philanthrope, croyant dans les vertus de l’homme, quelques faits demeurent assez troublants pour ne pas croire que tous ces migrants viennent avec les meilleures intentions. Certes fuir la misère, fuir la guerre, on comprend. Mais la difficulté réside dans la capacité de ces gens et surtout leur volonté de se fondre dans une population majoritaire disposant d’une autre culture, d’une autre vision des choses quant à la religion, … .  Quand l’EI (je délaisse systématiquement le terme de daech qui est une hypocrisie sans nom inventée pour ne pas dire les choses) est capable de se servir de ces flots de migrants pour y introduire certains de ces éléments, quand l’EI voit dans cette migration de masse un menace bienvenue pour l’Europe, il semble que le devoir des dirigeants européens est de prendre cela en compte, leur premier devoir étant, ou devant être, la protection de leurs citoyens, et donc d’appliquer un principe de précaution qui pour une fois ne serait pas critiquable. Quand des membres d’une religion de paix et d’amour jettent par-dessus bord les membres d’une autre religion, parvenant à reproduire sur quelques mètres carrés, au milieu des flots, les conflits religieux qui ravage leurs pays, on peut légitimement s’interroger sur la capacité d’intégration des premiers, et au-delà sur leur dangerosité pour la population d’accueil.
Et bien évidement ce seront encore les mêmes, les précaires déjà susnommés, qui seront sommés en cas d’accueil de prendre le plus de risques, puisqu’eux-mêmes au nom de la nécessaire mixité, celle qui doit résoudre les problèmes d’apartheid, seront sommés de partager les mêmes zones de résidence que les migrants. C’est beau la générosité quand c’est aux autres qu’il incombe d’en payer les frais !

Voilà donc ce qui taraude l’esprit de nos dirigeants auxquels une pensée dominante ou qui fut dominante car elle est, fort heureusement, en déclin sous la pression du peuple, impose encore des postures humanitaires, tandis que les réalités économiques, tandis que l’échec patent de l’intégration militent pour que l’immigration soit de mieux en mieux contrôlée tant en quantité qu’en qualité. Mais comme ils ne peuvent pas choisir, il ne font que s’agiter sans aucune efficacité.
Les âmes généreuses, du moins celles qui se posent comme telles, préférant toujours l’autre aux leurs, ne seront pas satisfaites. Ceux qui militent pour une régulation de l’immigration continueront à voir débarquer des gens et même ceux qu’il conviendrait absolument de repousser.
Voilà la vraie faute de l’Europe, celle d’être incapable de choisir, celle d’être incapable de se protéger.

jeudi 23 avril 2015

Vive le changement !

Les mots sont parfois superflus



















dimanche 19 avril 2015

Repentance quand tu nous tiens!





Il va falloir s’y habituer. C’est ainsi depuis Chirac et comme ça plait aux socialistes, on n’a pas fini d’en bouffer. Encore au moins deux ans. Et je crains fort que la droite revenue au pouvoir à cette échéance suive cette même voie.
Oui c’est ainsi, il va falloir s’habituer à ce que nous nous comportions comme des carpettes, enfin nos dirigeants, à l’occasion du 8 mai et du 17 octobre, en référence aux événements qui se sont déroulés respectivement en 1945 et en 1961. Il va falloir s’habituer à ce que l’histoire telle que racontée par le FLN devienne notre histoire officielle.

Et c’est donc avec une fierté assumée que notre secrétaire d’Etat aux anciens combattants dont on a pu à cette occasion découvrir le nom, un peu en avance sur la date officielle du 8 mai à cause de misérables obligations puisqu’il s’agira là d’honorer les anciens combattants français, s’est rendu à Sétif pour y déplorer l’attitude évidemment ignoble de nos forces qui, selon l’historiographie du FLN qui n’a plus guère que ça pour donner un vernis de légitimité à son pouvoir dont on a vu ce qu’il a fait, se sont livré à un massacre en règle de pacifiques manifestants nationalistes.

Curieusement, à mesure que passe le temps, les 102 Européens massacrés par ces paisibles manifestants disparaissent des récits des événements. La maladie est telle qu’effectivement même nos journaux n’osent les évoquer. Il ne faudrait tout de même pas donner une explication à ces événements, il ne faudrait tout de même pas que les pacifiques victimes apparaissent sous leur vrai visage, car cela nuirait au récit et pourrait nous empêcher de nous repentir de façon convenable.
Car l’histoire n’appartient plus aux historiens, mais aux repentants. Voilà ce qu’écrit la mairie de Paris très en pointe dans le domaine de la repentance, progressisme oblige, dans le vœu exprimé par son conseil demandant que l'Etat reconnaisse les massacres du 8 mai 1945 à Sétif, Guelma et Kherrata : "Le gouvernement algérien avance le nombre de 45.000 morts, et les travaux de la très grande majorité des historiens français attestent d'un bilan de dizaines de milliers de victimes arrêtées, torturées et exécutées sommairement". Remarquons tout de même une certaine réserve dans cette affirmation puisqu’il est fait mention d’une majorité d’historiens, sans autre précision, mais passons, qui doivent servir de caution scientifique certainement à cette demande. La vérité historique, et sans doute par-delà scientifique, doit donc se mesurer à l’aune d’une majorité de ceux qui l’affirment. Encore que dans le cas présent j’aimerais avoir des précisions sur cette majorité supposée. Mais encore une fois, passons. Passons aussi sur "les dizaines de milliers de victimes". C’est un peu vague mais pas important après tout, l’essentiel étant qu’il y en ait eu beaucoup. Il n’est pas non plus utile de se demander comment moins de 5000 hommes dont une majorité de tirailleurs algériens ont pu en massacrer 45000 et pourquoi pas davantage, ni où sont passé les corps de ces dizaines de milliers de morts. Et il n’est évidemment pas pensable de considérer les travaux d’historiens qui donnent une fourchette du nombre de victimes s’établissant entre 2500 et 6500. Ce n’est pas assez pour bien se repentir. Il serait d’ailleurs bienvenu de voter une loi mémorielle plaçant ces historiens en position de négationnistes tombant sous le coup de la loi.

Il en est ainsi désormais. Tout ce qui peut nous salir doit devenir une vérité incontestable. La réalité des événements, leur déroulement, les motifs, les causes, tout ça on s’en fout. Sétif c’est 45000 (mais peut-être davantage) manifestants pacifiques contre l’oppresseur français massacrés pour le plaisir, pour l’exemple, peu importe. C’est amplement suffisant. Et d’ailleurs moins on en dit plus on peut se repentir.

Quant aux Européens massacrés à Sétif, Oran, El Halia, et ailleurs, quant au garde-forestier, au chauffeur de taxi, à l’instituteur,…, tués à l’occasion de la Toussaint rouge, quant aux enfants tués par les poseurs de bombe d’Alger, personne n’ira honorer leur mémoire. Le souvenir de ces victimes des tueurs du FLN sont interdits de séjour dans la mémoire officielle de la République et dans les salons de la mairie de Paris. Quant aux harkis, abandonnés aux mains des égorgeurs des libérateurs algériens, on préfèrera les oublier. C’est sans doute cet oubli des harkis qui provoque une situation analogue actuellement en Afghanistan où ceux qui ont eu le malheur de s’associer à l’armée française, traducteurs notamment, se voient refuser des visas donnés pourtant généreusement  d’autres et se voient donc condamnés à mort à plus ou moins brève échéance. Car la France est devenue ainsi, préférant se prosterner devant ses anciens ennemis, pas toujours les anciens d’ailleurs, et laisser tomber ceux qui l’ont servie.
Ce pays est devenu un pays de honte, dirigé par gens indignes prenant un malin plaisir à salir son passé, à discréditer son âme. Et donc un pays dont on se demande comment pourraient l’aimer ceux qui viennent d’ailleurs, souvent descendants de « nos victimes ». Je vous épargne les conséquences de cela.

samedi 18 avril 2015

Du droit de vote au devoir de voter?






Les pouvoirs publics aiment à s’occuper de notre santé, ou plutôt nos santés physique, morale ou civique. En bon redresseurs de torts, ils ne cessent de nous indiquer quoi boire, quoi manger, quelles substances éviter, ce qu’il est bon de dire et donc de ne pas dire, ce qui est républicain et ne l’est pas, etc.. La liste est longue fort longue de ces incitations, devenant objurgations avant de devenir obligations ou interdictions. Il serait vain de vouloir la dresser ici. Aussi me limiterai-je à cette lubie qui frappe en ce moment quelques individus soucieux de notre santé civique et qui veulent rendre le vote obligatoire. Donc transformer un droit en un devoir. L’avantage d’un droit est effectivement qu’on a aussi le droit de ne pas l’exercer. Il est d’ailleurs rare qu’on vous reproche cela car d’une façon fréquente cet exercice est préjudiciable aux finances de l’Etat. Si par exemple vous avez payé trop d’impôts et que vous ne réclamez pas votre dû, il y a peu de chances qu’on court derrière vous pour vous rembourser.

Dans le cas du droit de vote les choses sont un peu différentes. Pas vraiment l’inverse car l’exercer coûte à l’Etat, mais rapporte à d’autres. Chaque voix à son profit rapporte en effet quelques centimes au parti concerné dans le cadre de la loi du financement de la vie politique. Mais je n’oserai pas croire que c’est cela qui motive les défenseurs des vertus civiques et en particulier M. Bartolone, président de l‘Assemblée nationale. Je ne serai pas non plus mauvaise langue en pensant que puisque les abstentionnistes se rencontrent davantage dans certains endroits que dans d’autres, appartiennent davantage à certaines catégories que d’autres dont on suppose puisqu’ils appartiennent à la population-cible de Terra Nova que leurs voix iraient à gauche, cela relève d’un calcul bassement politicien. Non, non, loin de moi ces idées ! Bartolone et les autres agissent pour le bien de la démocratie, pour notre bien à nous dont l’immunodéficience civique est avérée.

Et donc Bartolone qui est un homme qui pense a trouvé la solution pour restaurer le civisme en France. Il fallait y penser ! Et nul doute qu’une telle réflexion nous montre la valeur d’un homme dont on se demande pourquoi il n’est que le quatrième personnage de l’Etat dans l’ordre protocolaire. Il pense en effet que l’abstention serait moindre, et même beaucoup moindre sans doute, si les abstentionnistes étaient condamnés à une amende. Bien sûr ça reste à tester, mais si ça marche nul doute que Bartolone rejoindra les Mirabeau, Danton ou Desmoulins au panthéon des grands promoteurs et défenseurs de la démocratie. Car cet homme a la tête bien fixée sur les épaules.

En fait, n’ayant pas eu accès au rapport présenté au président de la république, je ne connais pas très bien les arguments de ceux qui sont pour transformer le droit de vote en devoir de voter.
Quand j’étais jeune, on m’avait bourré le mou avec cette réflexion sur ceux qui s’étaient battus et étaient parfois morts pour que j’exerce ce droit. Et j’avoue que ça a marché pendant une quinzaine d’années jusqu’à ce que mes activités m’amènent à observer de près des hommes et femmes politiques, de tous bords et de tous niveaux (du conseiller municipal au ministre). Le comportement général de cette caste, c’est le nom qui convient, même si évidemment il y avait des exceptions qui d’ailleurs ne pouvaient pas être corrélées ni à leur appartenance politique, ni aux responsabilités qu’ils exerçaient, m’a profondément dégouté et détourné des urnes pendant une dizaine d’années. Depuis mon civisme s’est amélioré même si par ailleurs je vote davantage contre que pour.
Et finalement cet argument des anciens qui se sont sacrifiés ne tient guère si on s’amuse à observer les taux de participation aux élections qui se sont déroulées pendant la période révolutionnaire. Prenons par exemple les législatives de 1792, celles qui devaient désigner la fameuse Convention, avec un corps électoral élargi à tout Français âgé de vingt et un ans, domicilié depuis un an, vivant du produit de son travail. Le taux de participation se situe sous les 12%. Ce qui semble indiqué, mais peut-être me trompé-je, que le droit de vote n’était pas une revendication forte de l’époque.

Mais revenons au présent ou plutôt à la période contemporaine, celle de la 5ème République.
Monsieur Bartolone qui normalement possède davantage de moyens que moi pour s’informer devrait étudier de près les taux d’abstention en fonction des différents types d’élection ainsi que leur évolution. Et il en tirerait peut-être des conclusions. Un homme si brillant !
En effet le taux d’abstention varie en fonction de l’élection, mais aussi dans le temps.
La présidentielle échappe avec les referendums à cette règle de l’évolution dans le temps.
C’est à la présidentielle que le taux d’abstention est le plus bas, autour de 20% en moyenne, souvent moins d’ailleurs, mais quelque fois un peu plus, mais jamais au-dessus de 30% (sauf au second tour de 1969 où c’était plié, la gauche ayant été éradiquée dès le premier tour). Même au second tour de 2002, mais sans doute est-ce le signe du succès de la quinzaine anti-Le Pen (bouh !, qu’est-ce qu’on a eu peur de sombrer dans le fascisme !), le taux d’abstention était proche des 20%.
S’agissant des referendums, c’est la question qui prévaut. Aucun intérêt pour le statut de la Nouvelle-Calédonie (63% d’abstention) ou pour l’instauration du quinquennat (69,8% d’abstention). Par contre les referendums touchant à l’avenir institutionnel de l’Europe, Maastricht et traité constitutionnel, connaissent une participation honorable, respectivement 69,3 et 69,7% de participation. Mais vu ce que les européistes de gauche et de droite ont fait du dernier, il n’est pas sûr que ça se reproduise. D’ailleurs il ne semble plus qu’on ait envie d’essayer au niveau politique de renouveler l’expérience. Le calamiteux traité transatlantique, malgré toutes les incidences qu’il pourra avoir sur notre vie, se négocie et sera adopté sans que les citoyens aient leur mot à dire et soient même d’ailleurs informé autrement qu’en termes très généraux leur vantant une avancée au moins égale à celles qui ont précédé, et c’est pas peu dire.
Puisqu’on en est à l’Europe, parlons un peu des élections des parlementaires européens. Si les électeurs parviennent à se mobiliser assez bien quand ils ont à se déterminer directement sur l’avenir de l’Europe, il semble en revanche qu’ils n’aient pas perçu l’utilité d’être représentés au sein de cette Europe ou formulé autrement qu’ils aient perçu la profonde inutilité des parlementaires de Bruxelles ou Strasbourg en fonction des dates. Certes dès le début ça n’a jamais été très fort. On est parti en effet de 39,29% d’abstentionnistes en 1979. Mais pour arriver à 56,5 en 2014, un progrès néanmoins par rapport à 2009 où on en était à 59,4% d’abstentionnistes. Faut dire que ce parlement semble davantage utile à recycler les perdants des élections nationales ou quelques potes qu’à autre chose. On comprend donc que se déplacer pour attribuer une rente, une belle rente, à un loser ou un has been, ne suscite pas forcément un grand enthousiasme.
Les législatives connaissent elles une profonde évolution dans le temps. On passe de taux d’abstention à peu près similaires à ceux des présidentielles à des taux de plus en plus hauts à partir de 1988 jusqu’à devenir calamiteux aujourd’hui puisqu’ayant presque atteint les 45% en 2012. Mais Monsieur Bartolone, président de l’Assemblée Nationale a sans doute une explication à cela. Enfin au moins il a la solution. J’avancerai quand même trois raisons : en 1988, 2002, 2007 et 2012, les législatives suivent de très près les présidentielles et donc le résultat semble joué, faisant de l’Assemblée une simple chambre d’enregistrement ; par ailleurs désormais que la télévision est entrée à la chambre, chacun peut constater l’absentéisme chronique des parlementaires, même lors de discussions et de votes qui paraissent essentiels ; enfin désormais que le paysage politique a évolué, beaucoup ont sans doute l’impression, mais ce n’en est pas une en vérité, que l’Assemblée est loin de représenter dans sa composition l‘électorat dans ses différentes sensibilités.
Les départementales et régionales ne connaissent pas non plus un grand succès. C’est une constante pour les départementales qui ont toujours connu un taux d’abstention élevé et atteignant désormais les 50%. Les régionales les ont rejointes mais passant d’un taux honorable de 25,2% en 1986 à un taux de 49,5% en 2010. La décentralisation n’a pas donc enthousiasmé les foules et le rôle et l’action des parlements régionaux ou départementaux ne semblent guère mobiliser. Le sentiment de gaver des inutiles existe là sans doute aussi. Peut-être parce que nous ne sommes pas un Etat fédéral et que donc les différences interrégionales ou interdépartementales ne sont guère perceptibles, du moins sous l’angle politicien.
Les communales connaissent un plus grand succès, malgré là aussi une hausse, mais plus modérée, du taux d’abstention. On est passé en 55 ans de 25% à 39% d’abstentionnistes. Ce n’est pas terrible mais ça résiste mieux. Sans doute à cause de la proximité et de la capacité de percevoir ce qui est accompli.

Désolé pour cet analyse un peu longue mais néanmoins trop courte dont l’objectif est de montrer que le phénomène de l’abstention est complexe et qu’y répondre par une répression sans nuances ne résoudra pas le fond du problème si le point de référence est la citoyenneté.
On peut être tenté d’exclure du traitement du problème un noyau dur d’abstentionnistes, des gens qui ne vont jamais voter et qui si on se réfère aux taux de participations à toutes les élections doivent constituer entre 15 et 20% de l’électorat. Ceux-là vivent de marge de la République pour diverses raisons dont certaines pas glorieuses, et il y a fort à parier que les emmener dans l’isoloir entre deux gendarmes ne leur fournira pas l’esprit citoyen qu’ils n’ont pas.
Et puis il y a les autres, ceux qui votent épisodiquement, surtout en fonction de l’élection, et qui prouvent donc que l’abstention n’est pas une fatalité. On pourrait considérer qu’ils constituent entre 30 et 40% de l’électorat, ce qui est énorme. C’est sans doute davantage à ceux-là qu’il faut s’intéresser qu’aux premiers, car ce n’est pas forcément leur esprit citoyen qui est en cause mais autre chose. Mais s’y intéresser suppose qu’on tente de comprendre leur attitude et aussi pourquoi ils sont de plus en plus nombreux. Les menacer d’une amende semble plus efficace à Bartolone and co. que d’opérer cette démarche. Il est vrai que le risque, mais à ce niveau-là ce n’est plus un risque mais une certitude, que ça reviendrait à une mise en cause de la classe politique et de ses pratiques.
Comme je ne voudrais pas être trop long, je ne reviendrai pas sur certains points évoqués (défaut de représentativité, sentiment de l’inutilité de certains types d’élus, manque de compréhension de leur rôle dans certains cas – c’est lié - …). On pourrait ajouter les promesses non tenues. Et aussi et peut-être surtout l’échec, un échec qui dure depuis des décennies – combien de nos concitoyens n’ont jamais autrement vécu que sous la crise qui commence dans les années 70 ? – et dont on ne voit pas le bout qu’on ne cesse pourtant de nous annoncer, « parce qu’avec moi ça sera mieux qu’avec ces nuls qui gouvernent actuellement ». Tout ça ne prend plus guère désormais et renforce le sentiment d’inutilité d’une classe politique dont on a le sentiment qu’elle vit en vase clos, pour elle et refusant tout sacrifice tandis qu’elle exhorte les Français à en faire. Les régimes spéciaux des parlementaires, les amortisseurs dont ils disposent quand ils ne sont pas réélus, et autres avantages paraissent légitimement une insulte à une population en difficultés surtout quand ceux-ci s’opposent à tout effort qui pourrait au moins donner l’illusion qu’ils participent à ceux qu’ils demandent. Discours populiste me dira-t-on ! Non, simplement le fait qu’en démocratie aucun citoyen ne devrait se sentir au-dessus des autres, simplement le fait qu’aucune réforme ne peut être acceptée dès lors qu’elle est considérée comme contraignante ou pénalisante par les citoyens si l’exemple de vient pas de leurs représentants. Le sentiment de rupture, qui peut s’accompagner de dégout, entre le peuple et la classe politique est sans doute un des moteurs de l’abstention. Trop facile de penser masquer cela par la contrainte d’aller voter.
Peut-être faudrait-il aussi que les politiques pensent au spectacle qu’ils nous offrent au quotidien. Ils ne sont pas forcément les seuls responsables, les médias les aidant largement dans cette œuvre de spectacularisation d’une vie politique qui nous rapproche du pire de ce que nous offre la télé-réalité. On observe désormais les Valls, Sarkozy, Hamon, Jupé, Le Pen et autres, car la liste est longue, avec le même œil, intéressé, méprisant, caustique, énervé, désabusé (rayez la ou les mentions inutiles) que celui avec lequel on observe Nabilla, l’appréciation des formes en moins. Plus de gens observent désormais notre président sous l’angle de ses frasques rapportées par closer que sous l’angle des réformes qu’il n’a pas faites. C’est ainsi qu’on nous les montre, les petites phrases remplaçant les idées, le déjeuner de truc avec chose qui ne peuvent pas s’encadrer remplaçant les projets. Comment respecter ensuite ces gens qui prétendent nous représenter, nous guider, nous diriger ?

Alors, il est toujours possible de mettre un pistolet sur la tempe de ceux qui ne veulent plus cautionner ça en n’allant plus voter. Mais ça ne changera rien au malaise ressenti, ça sera même pire. Ça ne changera rien au fait que notre démocratie se porte mal. Obliger à voter n’est que le traitement du symptôme d’une maladie qu’apparemment ceux qui en sont la cause, et Monsieur Bartolone en fait partie, ne désirent pas soigner.